4. Retour à la fin du XIXe siècle
Survol historique
Au XIXe siècle, la Palestine était peu peuplée. De nombreux récits de voyageurs, d’écrivains et de centaines de pèlerins ayant visité cette région en témoignent : Chateaubriant, Lamartine, Gustave Flaubert, Mark Twain, Ernest Renan, Pierre Loti… Un peintre anglais, David Roberts, a accompli en 1839 un long voyage qui l’a mené du désert du Sinaï à Pétra, à Jérusalem, dans toute la Palestine et jusque sur les côtes du Liban. Au cours de ce voyage, il a tenu un journal et exécuté 120 dessins des paysages et des lieux par lesquels il est passé. J’ai pu regarder cette série de tableaux qui ont été recueillis et publiés. On ne peut que constater objectivement que la Palestine était très peu peuplée à cette époque. Même les villes les plus connues ressemblaient plutôt à de grands villages.
La production agricole était destinée essentiellement à la consommation locale mais parfois aussi à l’exportation dans le Moyen-Orient. On pouvait y trouver par exemple une cinquantaine de variété de raisins de table, des céréales, de l’huile d’olive, du savon à Naplouse et des agrumes sur le littoral comme à Jaffa. Mais un tiers seulement des terres était cultivé.
Le bois des maigres forêts avait été surexploité et le pays s’était retrouvé en grande partie déboisé. La terre cultivable, que la végétation ne retenait plus, avait été peu à peu érodée. Dans les vallées autrefois fertiles, on trouvait des marécages infestés de moustiques provoquant la malaria.
Des tribus nomades venues de l’Arabie à la recherche de pâturages s’étaient installées en Palestine. Leurs troupeaux de chèvres avaient peu à peu brouté la végétation qui était censée retenir la terre cultivable. Les bédouins ont ainsi contribué à laisser tomber une grande partie des terrains à l’état de friche. C’est une des explications du dépeuplement de cette région.
Au XIXème siècle, la Palestine était alors désignée sous le nom de Syrie du Sud et était une province de l’Empire ottoman. Cette province englobait aussi la Syrie et le Liban actuels. La Palestine n’existait pas en tant qu’entité autonome.
Un système féodal régissait l’Empire ottoman. Les grands propriétaires résidant à Beyrouth, Damas ou au Caire, se désintéressaient de leurs exploitations et se contentaient des loyers et des impôts perçus des paysans palestiniens qui y vivaient. La société palestinienne était organisée sous forme de clans. La majorité des Arabes de Palestine était des paysans endettés, des semi nomades et des Bédouins.
En 1880, la population totale était estimée à 470 000 personnes dont 25 000 Juifs. C’est à partir de 1880 que commença de façon plus importante l’immigration juive en Palestine, les premières vagues étant originaires de Russie et de Pologne. Le nombre de Juifs en Israël est passé à 90 000 en 1914, 650 000 en 1948, 2 millions en 1960 pour atteindre 7,7 millions en 2025.
Un nouveau projet : le sionisme
À la fin du XIXe siècle, la population juive européenne connut de grandes souffrances. Des pogroms avec leur lot de massacres se multiplièrent en Europe de l’Est et principalement en Russie, en Ukraine et en Pologne. Face à cette situation dramatique, un projet commença à germer dans l’esprit de certains membres de la communauté juive, celui d’un endroit dans le monde où les Juifs seraient en sécurité. Il allait déboucher quelques temps plus tard sur le projet politique d’un État national en Terre sainte : le sionisme.
La grande figure du sionisme fut Théodor Hertzl. Journaliste austro-hongrois, juif non religieux, il pensa au début que la solution du problème posé à la communauté juive se trouvait dans l’assimilation des Juifs au sein des sociétés européennes. L’égalité des droits accordée aux Juifs par la Révolution française de 1789 et les Droits de l’homme l’encouragèrent dans cette voie. Mais l’affaire Dreyfus vint briser ses rêves et le conduire dans une approche entièrement à l’opposé : les Juifs sont un peuple et doivent habiter dans un pays qui serait le leur comme les autres peuples.
Hertzl se consacra dès lors à l’avancement de son projet. En 1897, il organisa le premier congrès sioniste qui se tint à Bâle en Suisse. Un fonds pour le rachat de terres en Palestine fut constitué. Le Baron Edmond de Rotschild fut l’un des principaux financiers pour les achats de terres en Palestine mais des Juifs du monde entier contribuèrent également à ce projet. Hertzl rencontra plusieurs souverains et chefs d’État en Europe pour les gagner à sa cause. L’établissement d’un État juif en Ouganda fut un moment envisagé mais rapidement abandonné. Après s’être entièrement consacré à faire avancer le projet sioniste, Herzl mourut en 1904 sans avoir vu l’aboutissement de son rêve. Mais les premières vagues d’immigration juive en Palestine eurent alors lieu.
Des milliers de jeunes juifs souvent sans expérience du travail agricole ou manuel partirent pour établir des petites exploitations agricoles dans cette partie du Moyen-Orient. Les conditions étaient terriblement difficiles. Il fallait redonner vie à des terres marécageuses infestées de moustiques où à des terrains pierreux devenus impropres à l’agriculture. Nombreux sont ceux et celles qui y laissèrent leur santé et même leur vie.
Mais à force de persévérance et d’ingéniosité, ils réussirent à assécher les marécages. Par la plantation de nombreux palmiers, ils pompèrent les eaux du sous-sol et peu à peu les sols retrouvèrent de la vitalité et de la productivité. Ce sont ces mêmes pionniers qui plus tard inventèrent le système du goutte-à-goutte. Ils défrichèrent des sols pierreux devenus impropres à l’agriculture et reconstruirent des terrasses sur les collines pour y planter des arbres fruitiers ou installer des potagers. Plusieurs zones retrouvèrent ainsi une fertilité comme celle de la Palestine dans l’Antiquité.
Entre 1881 et 1914, 70 000 immigrants juifs arrivèrent en Palestine. Ils y établirent 53 implantations agricoles sur des terres achetées majoritairement à des Ottomans propriétaires de grands domaines en Palestine.
Jusqu’en 1914, les achats de terres par les Juifs furent réalisés en Galilée, dans la vallée du Jourdain et dans les plaines marécageuses le long de la Méditerranée. Avant 1890, ce furent surtout des terres domaniales ou des biens fonciers appartenant à des hommes d’affaires ottomans absents de Palestine. Ensuite, la plupart des achats furent des biens vendus par des paysans arabes et des grands propriétaires résidents.
Plusieurs vagues d’immigration juive se succédèrent :
– La première amena 30 000 jeunes pionniers venus d’Europe de l’Est et quelques centaines du Yémen entre 1881 et 1903. Les premiers villages agricoles furent crées. Ces premiers aventuriers furont confrontés aux maladies et à des difficultés extrêmes.
– La deuxième vague, entre 1904 et 1914, vit l’arrivée de 35 000 immigrants venus de Russie avec des agronomes et des paysans. Imprégnés des idéaux du socialisme, ils entendirent bâtir une société égalitaire en inventant le modèle collectiviste et autogéré du kibboutz. En 1911, le premier kibboutz fut créé dans la vallée du Jourdain. Le mode de vie à l’intérieur était entièrement communautaire. Il n’y avait pas d’argent qui circulait. L’idéal socialiste était la motivation de ces pionniers. Des dizaines de ces coopératives agricoles collectives virent le jour. En 1948, il y aura 256 kibboutz en Palestine. En 1909, Tel-Aviv fut fondée au bord de la mer Méditerranée.
– Entre 1919 et 1923, une troisième vague fut composée de 35 000 immigrants encouragés par la déclaration Balfour. Ils vinrent de Russie et étaient eux aussi le plus souvent socialistes. Toutes les professions étaient représentées. Les premiers hôpitaux furent organisés et toutes les personnes y étaient accueillies sans distinction et soignées quelle que soit leur communauté d’origine : juive, arabe, druze, bédouine.
– De 1924 à 1931, la quatrième vague amena 67 000 Juifs des classes moyennes venant de différents pays d’Europe. Parmi eux se trouvaient des intellectuels qui jetèrent les bases d’un gouvernement démocratique. Ce fut une période de développement urbain.
– Entre 1932 et 1938, 250 000 Juifs allemands, autrichiens, polonais et roumains arrivèrent fuyant l’antisémitisme et l’arrivée du Nazisme. De 1939 à 1948, il en fut de même pour la sixième vague. 80 000 immigrants arrivèrent souvent clandestinement pour se sauver du projet d’extermination de la Shoah.
Un élément important que l’on ignore souvent c’est que la plupart des grands rabbins du judaïsme de la fin du XIXe siècle s’opposèrent radicalement au projet sioniste tel qu’imaginé par Hertzl. Eux aussi aspiraient à un retour en terre d’Israël d’où leurs ancêtres avaient été chassés par les Romains. Mais, selon leur doctrine, le retour du peuple juif en Palestine ne devait s’opérer que lors du retour du Messie. Toute tentative de devancer l’agenda divin encourrait la désapprobation de Dieu et n’était qu’une entreprise humaine vouée à l’échec. La conception socialiste et laïque du sionisme de la fin du XIXe siècle était aux antipodes du mode de vie des communautés hassidiques d’Europe de l’Est, région de la théologie influente du judaïsme d’alors.
Une source de tensions dès le départ
Les premiers mouvements nationalistes arabes apparurent dès le début du XXe siècle. Durant la Première Guerre mondiale, pour lutter contre l’Empire ottoman, les Français et les Anglais décidèrent de s’appuyer sur Hussein, le chérif de la Mecque. En échange de son engagement avec son armée contre les Turcs ottomans, Hussein réclama la création d’un état arabe indépendant dont il en deviendrait le dirigeant. Les Anglais lui proposèrent la péninsule Arabique y compris une partie du croissant fertile. La Palestine n’y était pas inclue contrairement à ce qu’imaginait Hussein.
En 1917, le ministre des Affaires étrangères anglais, Lord Balfour, publia la fameuse déclaration qui porte son nom. On pouvait y lire que « le gouvernement de sa Majesté envisageait favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif » étant entendu, comme le stipulait le texte, que rien ne devait être fait « qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine ». Le mot « État » fut évité.
Des rencontres eurent lieu à l’initiative de la Grande-Bretagne entre le représentant du mouvement sioniste, Chaïm Weizmann, et le fils du chérif Hussein, l’émir Fayçal. Ce dernier se déclara prêt à favoriser la mise en œuvre de la déclaration Balfour à la condition que le foyer national juif soit intégré dans un grand empire arabe qui serait créé. Ce projet politique d’unité arabe visait à établir un Royaume englobant la Syrie, le Liban, la Palestine, la Jordanie et l’Irak actuels.
Deux espérances, deux attentes, deux revendications avaient donc émergé côte à côte, et deux promesses avaient été faites :
– un seul État arabe, envisagé avec éventuellement des Juifs intégrés à l’intérieur en tant que minorité
– un État autonome pour les Juifs au milieu d’États arabes
Comment concilier ces deux aspirations antagonistes ?
La fin de l’Empire ottoman, à l’issue de la première guerre mondiale, redessina la carte du Moyen-Orient. Précurseur de l’ONU, la Société des Nations fut alors instaurée en tant qu’organisation pour tenter de régler les problèmes mondiaux.
Le 28 avril 1919, la Société des Nations décida de permettre aux régions du Moyen-Orient précédemment intégrées dans l’Empire ottoman d’accéder à une autonomie et à la souveraineté. Estimant que la situation à la fin de la Première Guerre mondiale ne remplissait pas les conditions requises pour cela, ces régions furent mises sous tutelles de la France et de l’Angleterre en vue de l’établissement de nations dans le futur. La France reçut mandats sur ce qu’on appelle aujourd’hui la Syrie et le Liban, la Grande-Bretagne sur l’Irak et la Palestine qui s’étendait alors sur les deux rives du Jourdain. Les arabes qui rêvaient d’un grand empire unifié se sentirent trahis et en ressentirent une profonde amertume. Le découpage de la région effectué en 1916 dans un hôtel à Paris par Sykes, le ministre des Affaires étrangères britanniques, et le diplomate français Picot mettait fin au projet d’un grand royaume arabe.
En 1920, la déclaration Balfour fut publiée. Le texte reconnaissait les liens historiques du peuple juif avec la Palestine. Les notables arabes palestiniens refusèrent cette déclaration tout comme la séparation de la Syrie et de la Palestine. L’immigration juive fut désormais une source permanente de colère pour le camp arabe et une grève générale fut déclarée en 1922 en signe de protestation. Les Anglais séparèrent la Transjordanie de la Palestine pour y créer le royaume de Jordanie avec l’émir Fayçal à sa tête.
Les instances dirigeantes du mouvement sioniste en Palestine rédigèrent un programme de gouvernement provisoire, développèrent un service de sécurité sociale, de soins urgents et une organisation de défense. La partie arabe craignit de voir le foyer national juif aboutir à un partage du territoire entre deux sociétés déjà dissemblables et persistèrent à réclamer l’abrogation de la déclaration Balfour.
Une cohabitation difficile devenue impossible
Après le départ des Ottomans, une insécurité s’installa dans les campagnes. Des bandes arabes ayant gardé les grandes quantités d’armes dont elles s’étaient emparées, attaquèrent des implantations juives isolées dans le nord de la Galilée.
En avril 1920, les Juifs habitant à Jérusalem furent victimes d’un déchaînement de violence pendant quatre jours. Six juifs furent tués, plus de 200 furent blessés et de nombreuses femmes violées. En mai 1921, la ville de Jaffa fut le théâtre d’une sauvagerie extrême. Les Juifs furent poursuivis et assommés à coups de bâton. Les émeutes s’étendirent aux villes voisines de Tel-Aviv et Rehovot.
Après les émeutes de 1920-1921, un calme précaire revint mais la violence demeura endémique. La partition entre les deux communautés se dessinait. Quelques tentatives furent proposées pour envisager un projet d’État judéo-arabe binational mais elles échouèrent à prendre pied au sein de l’opinion arabe. Elles prirent définitivement fin auprès de la communauté juive après les massacres de 1929.
La fin du califat décidée par la Turquie de Mustafa Kemal en 1924 fut un traumatisme pour le monde musulman et une étape importante vers l’islamisation de la cause palestinienne. En 1929, des tensions eurent lieu au sujet de l’utilisation par les Juifs du mur occidental à Jérusalem et une rumeur circula selon laquelle les Juifs allaient se lancer à l’assaut de l’esplanade des mosquées. Les musulmans attaquèrent alors les quartiers juifs de Jérusalem. Des juifs furent frappés, mutilés et tués. La violence s’étendit à Tel-Aviv, à Haïfa avec 23 morts. À Hébron, 67 Juifs furent assassinés dont certains par décapitation. En Galilée, 44 juifs furent aussi assassinés à Safed. Les rapports des évènements ont noté de multiples actes de barbarie : testicules arrachées, mains coupées, femme violées avec les seins découpés, cadavre scalpés. Les victimes furent surtout des civils sans défense, des femmes et des enfants.
Les dirigeants de la communauté juive décidèrent alors de transformer leur milice en un embryon d’armée, persuadés que la force serait désormais déterminante. Les deux camps se radicalisèrent. La fragile confiance établie entre Juifs et Arabes au début des années 1920 avait volé en éclats.
En 1930, les tensions s’intensifièrent. Le camp arabe se déclara menacé par une immigration juive qui continuait d’augmenter. Les Palestiniens demandèrent aux Britanniques d’interdire les transactions foncières au bénéfice des Juifs. Cela fut refusé mais les Anglais interdirent l’arrivée de nouveaux immigrants juifs. Quatre mois plus tard, cette décision fut annulée et la révolte palestinienne se radicalisa. Des émeutes éclatèrent principalement contre les Britanniques. À partir de 1931, l’immigration juive s’accrut pour arriver à un pic en 1935 de 60 000 arrivées. En 1939, la Palestine comptait un million d’Arabes et 460 000 Juifs.
Selon les rapports britanniques, jusqu’en 1945 les organisations juives ont acheté 158 000 ha de terre sur les 2,7 millions que compte la Palestine. De nombreuses familles palestiniennes vendirent leurs terres aux Juifs souvent pour cause d’endettement et cela entraîna le départ de nombreux métayers.
L’importance stratégique de la Palestine ne cessa de croître. Le percement du canal de Suez au XIXe siècle avait commencé à offrir à cette région une position privilégiée pour le transport maritime. Sous le mandat Britannique, Haïfa tint un rôle primordial en étant le débouché du pipeline d’une compagnie pétrolière. Le pays se développa grâce à l’immigration juive, aux disponibilités monétaires grâce aux transactions foncières, à une situation sanitaire améliorée par la diminution des cas de malaria et de paludisme. Le recul de la mortalité infantile et une forte immigration due à l’attractivité nouvelle de la Palestine permirent l’essor démographique de la population arabe. Des travailleurs en quête d’emploi vinrent d’Égypte, du Soudan, de la Syrie ainsi que des Druzes libanais et des bédouins qui se sédentarisèrent. L’économie locale fut stimulée par la présence anglaise et les grands travaux entrepris : construction de routes, de chemins de fer, de raffineries, qui nécessitaient un grand besoin en main-d’œuvre. La population arabe doubla entre 1922 et 1942 passant de 600 000 à 1 200 000 habitants.
En avril 1936 éclata la rébellion arabe la plus importante. Elle dura jusqu’en 1939. Une grève générale fut déclarée ainsi que le boycott des produits anglais et juifs. La violence contre les Juifs se déchaîna d’abord dans les villes mixtes puis se propagea à la Palestine tout entière.
Les violences achevèrent de séparer les populations et la partition semblait devenir inévitable. Les Juifs quittèrent les zones mixtes. Une partie de la jeunesse juive se radicalisa.
La déclaration Balfour fut déclarée nulle lors d’un congrès des pays arabes et musulmans en 1938 au Caire. La situation apparaissait inextricable et le conflit insoluble dans le cadre d’un seul État. Les aspirations des deux peuples étaient incompatibles. La création de deux États souverain devint la seule solution envisageable mais cette solution proposée par les Anglais, sous le nom de plan Peel, fut rejetée par tous les protagonistes.
En 1937 et 1938, la répression britannique des révoltes arabes fut violente. Les juifs frappés par des attentats, se livrèrent à leur tour à des représailles. Un cercle sans fin de violences s’installa. À la fin de 1939, on comptait des milliers de morts principalement chez les Arabes, tués par les militaires britanniques.
Pour tenter de sauvegarder l’alliance arabe, le Royaume-Uni limita drastiquement toute nouvelle immigration juive en 1939. L’accueil des Juifs en Palestine était pourtant devenu à ce moment une urgence humanitaire. On connaissait le traitement qui était infligé aux Juifs en Allemagne et on savait que des milliers d’entre eux s’étaient déjà enfuis pour trouver refuge dans les pays d’Europe de l’Ouest ou aux États-Unis. Les tensions entre Juifs et Anglais s’exacerbèrent alors. Des attentats furent commis par des groupes paramilitaires juifs notamment celui contre l’hôtel King David à Jérusalem où résidait l’état-major et l’administration britanniques.
En septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. La France et l’Angleterre déclarèrent alors la guerre l’Allemagne et ce fut le début du conflit qui allait s’étendre à l’échelle planétaire.
En novembre 1941, le grand mufti de Jérusalem, le chef religieux musulman de la Palestine, se rendit en Allemagne pour rencontrer Hitler. Ils se mirent d’accord sur un projet d’annihilation des Juifs en territoires arabes. En signe de reconnaissance, le grand mufti alla alors en Bosnie pour convaincre les musulmans bosniaques de s’engager dans l’armée allemande aux côtés des Nazis.
Sortir enfin de l’impasse
La guerre terminée, le gouvernement anglais continua à limiter drastiquement l’immigration juive en Palestine. Les groupes paramilitaires juifs entreprirent alors une véritable guérilla contre les troupes anglaises. La répression fut violente.
En 1947, l’arraisonnement de l’Exodus, un navire chargé de 4500 réfugiés juifs suscita une vague de sympathie en faveur de la cause sioniste. À bord de ce vieux bateau rouillé, se trouvaient des femmes enceintes, des vieillards, des malades et des centaines de rescapés des camps de concentration. Ils venaient chercher refuge en Palestine puisque personne n’avait pris soin d’eux en Europe. Lorsque l’Exodus fut arrivé près des côtes de la Palestine, les Anglais interdirent au navire d’accoster et de débarquer les malheureux passagers. Deux destroyers le forcèrent alors à faire demi-tour. Les réfugiés furent conduits jusqu’à Marseille où ils refusèrent de débarquer. Finalement, on les conduisit à Hambourg pour être accueillis dans un camp avec miradors et barbelés. Leur sort émut l’opinion internationale.
La Grande-Bretagne ne sortit pas grandie de cette affaire et rendit son mandat à l’ONU qui avait succédé à la Société des Nations. Les Britanniques se retirèrent de la Palestine et d’une situation qu’ils ne maîtrisaient plus et d’une région désormais enlisée dans la guerre civile.
La deuxième guerre mondiale sonna le déclin des grandes puissances coloniales et l’on vit la constitution d’un monde arabe comme entité politique avec la création de la Ligue arabe. Plusieurs pays accédèrent à l’indépendance : le Liban, la Syrie et la Jordanie. Cela stimula le mouvement d’indépendance de la Palestine.
Différents scénarios furent une nouvelle fois échafaudés pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle se trouvait la Palestine avec l’impossibilité de faire cohabiter les communautés juives et arabes. Différents découpages du pays furent envisagés ainsi que l’établissement d’un seul État sous forme d’une fédération. Finalement, la seule solution viable qui s’imposa fut celle d’un partage du pays avec la création de deux États indépendants.
Le 29 novembre 1947, un partage de la Palestine en trois zones fut décidé à l’ONU suite à un vote des nations membres avec 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions.
Les Palestiniens pouvaient constituer un État avec 800 000 Arabes sur 42 % de l’ensemble de la Palestine. Un État juif était aussi établi avec 560 000 Juifs et 400 000 Palestiniens sur 55 % du territoire mais dont une grande partie était constituée du désert du Néguev. Une troisième partie de la Palestine reçut un statut spécial, c’était la ville de Jérusalem placée sous administration internationale avec 100 000 Juifs et 100 000 Arabes y résidant.