3. Retour en 1947
Le partage de la Palestine par l’ONU et la première guerre israélo-arabe

Introduction

Entre 1947 et 2005, des évènements essentiels pour appréhender le conflit israélo-palestinien ont eu lieu. Pour avoir une vue plus complète de cette période, quantité de livres, de documentaires et de films existent. Il est de la plus haute importance de pouvoir comparer les différents narratifs des événements car on s’aperçoit alors que le sujet est très complexe et qu’il est nécessaire d’écouter différents points de vue tant du côté israélien que du côté arabe. Prendre le temps d’effectuer ce travail d’information et de confrontation est indispensable mais le but de ce dossier sur le conflit israélo-palestinien n’est pas de fournir une synthèse de tout ce qui a pu être rapporté sur cette période.
Comme je vous l’ai dit précédemment, mon objectif est d’apporter des éléments souvent méconnus pour contredire l’opinion largement répandue aujourd’hui présentant Israël comme le seul et unique coupable, le méchant responsable de tous les problèmes au Moyen-Orient, et condamnant les Juifs israéliens comme un peuple raciste, génocidaire, imbus de sa supériorité et ayant volé les terres des Arabes palestiniens.
Vous avez probablement déjà vu des documentaires sur le conflit israélo-palestinien, ou lu des livres à ce sujet et écouté des analyses de journalistes ou d’historiens. Tout historien ou journaliste choisit de relater certains évènements, de mentionner certains faits et d’en exclure d’autres jugés non nécessaires, non pertinents ou sans importance. Même s’ils ne font pas de commentaires personnels lorsqu’ils relatent des évènements, leurs choix de mettre à la portée du public certains éléments ne sont jamais neutres. Les historiens et les journalistes estiment être objectifs mais ils ne peuvent éviter de faire passer la réalité à travers le filtre de leur jugement personnel. Ils interprètent souvent les évènements selon leur propre grille de lecture, même s’ils ne s’en rendent pas compte.
Dans ce dossier sur le conflit israélo-palestinien, vous allez pouvoir trouver des éléments qui sont souvent passés sous silence par des historiens ou des journalistes comme j’ai pu le constater à de nombreuses reprises.

Le partage de la Palestine et la création de deux États par l’ONU

Le 29 novembre 1947, un partage de la Palestine en trois zones fut décidé à l’ONU suite à un vote des nations membres avec 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions.
Pendant les 20 années précédentes, plusieurs projets avaient été élaborés pour tenter de faire cohabiter les communautés juives et arabes en Palestine. On avait proposé d’avoir un seul État avec deux communautés nationales puis différents découpages de la Palestine avec deux États séparés. Toutes les options furent rejetées soit par les Arabes, soit par les Juifs ou soit par les deux communautés. Nous reviendrons de façon plus développée sur cette période dans la partie suivante. 
En novembre 1947, les nations réunies à l’ONU décidèrent finalement de donner à cette ancienne province de l’empire ottoman un statut officiel avec l’établissement de deux États indépendants. Les Palestiniens purent constituer un État avec 800 000 Arabes sur 42 % de l’ensemble de la Palestine. Un État juif fut aussi établi avec 560 000 Juifs et 400 000 Arabes sur 55 % du territoire mais dont une grande partie était constituée du désert du Neguev. Une troisième partie de la Palestine reçut un statut spécial, ce fut la ville de Jérusalem placée sous administration internationale avec 100 000 Juifs et 100 000 Arabes y résidant.

La première guerre israélo-arabe

Le plan de partage fut accepté par l’Agence juive, organe politique des Juifs de Palestine, et fut rejeté par les Arabes palestiniens et par les pays de la Ligue arabe dont certains États annoncèrent immédiatement leur intention d’attaquer le nouvel État juif. C’est ce qui s’est passé au lendemain de la proclamation de l’indépendance d’Israël le 14 mai 1948. Le Liban, la Syrie, l’Égypte, la Jordanie et l’Irak déclarèrent la guerre à Israël et envahirent la Palestine.
Les combats durèrent un an et les armées arabes furent finalement défaites. L’Égypte annexa la bande de Gaza et la Jordanie en fit de même avec la Cisjordanie et Jérusalem Est. Curieusement, la question d’un État palestinien ne sembla plus être à l’ordre du jour pour l’Égypte et la Jordanie. Israël pour sa part annexa Jérusalem Ouest et se retrouva avec le contrôle d’un territoire agrandi par rapport au partage de l’ONU en 1947.
Un autre évènement important doit être mentionné car il reviendra constamment dans les discussions ultérieures pour tenter de trouver une solution au problème israélo-palestinien. En 1948, un dramatique exode de 700 000 Palestiniens eut lieu. Ils s’enfuirent de Palestine et s’installèrent dans des dizaines de camps en Jordanie, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza. Les États arabes refusèrent d’intégrer à leur population les réfugiés palestiniens et exigèrent leur retour en Palestine ainsi que les retraits territoriaux d’Israël des territoires annexés. Ils réitérèrent leur refus du partage de la Palestine. L’État d’Israël annonça être prêt à intégrer 100 000 réfugiés à condition que les États arabes signent un traité de paix. Au lieu de cela, un simple armistice fut signé et le plan de partage de l’ONU resta à l’état de projet inabouti. Le conflit se figea et, depuis lors, l’État d’Israël est resté sous la menace d’un nouvel envahissement par les pays qui l’entourent.

La Nakba 

Que s’est-il passé pour que des centaines de milliers de Palestiniens aient quitté leurs maisons et se soient enfuis dans les pays voisins ? Cet exode est connu sous le nom de Nakba, « catastrophe » en arabe. Dans l’analyse du conflit israélo-palestinien, les points de vue peuvent être entièrement opposés et les narratifs peuvent être parcellaires et incomplets car partisans. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne la Nakba. Deux versions des évènements diffèrent totalement.
Selon la version palestinienne, les Juifs ont chassés les Arabes avec violence et ces derniers se sont sauvés par crainte de massacres. Selon la version israélienne, la majorité des Palestiniens se sont enfuis suite aux annonces à la radio des pays arabes prévenant les populations palestiniennes que le pays allait être envahi par les armées arabes pour en chasser les Juifs. Les messages à la radio demandaient aux Arabes de quitter temporairement leurs maisons afin d’y revenir plus tard. 
On ne peut avoir explications plus différentes ! Soixante ans plus tard, il est toujours difficile de pouvoir affirmer connaître le scénario exact des évènements. Les sources sont contradictoires, le nombre de réfugiés varie énormément, et surtout il semble réducteur, simpliste et donc inexact de ne retenir qu’une seule explication à cet exode massif des Palestiniens. L’accès aux archives de l’armée israélienne a apporté de nouveaux éclairages mais même les historiens israéliens en ont proposé des interprétations et des conclusions différentes.
Du côté palestinien, on a accusé les Israéliens d’avoir programmé un nettoyage ethnique bien avant 1948. Certains ont affirmé qu’il n’y avait jamais eu de messages diffusés à la radio venant des pays voisins pour demander aux Arabes de s’enfuir avant une invasion de la Palestine par les armées étrangères et qu’il n’y aurait aucun enregistrement audio disponible de ces avertissements radiophoniques. 
Je ne sais pas si l’on a retrouvé ou non des traces d’appels à la radio, mais je ne peux pas contester qu’il y a bien eu des messages diffusés pour exhorter les Palestiniens à s’enfuir. Nier cela m’est impossible après avoir écouté l’interview et le témoignage d’Ibrahim, un Palestinien ayant quitté sa maison en 1948 et vivant maintenant réfugié dans un camp au Liban. Voici ce qu’il affirmait : « Les Arabes nous avaient dit qu’en un mois et demi, ils jetteraient les Israéliens dehors et qu’on rentrerait chez nous. Alors on est venus au Liban. Mais depuis ce temps-là, on attend qu’ils tiennent leurs promesses. » On peut entendre et voir cet homme raconter pourquoi il s’est enfui dans un documentaire de l’émission « Un œil sur la planète » sur France 2 intitulé « Un État palestinien est-il encore possible ? ». L’interview se trouve dans la partie « Un droit au retour » après 1H40 de visionnage. Je dois signaler aussi que le documentaire de France 2 avait un parti pris assez net en faveur des Palestiniens, ce qui confirme qu’au moins une partie des réfugiés palestiniens se sont enfuis après avoir entendu les avertissements à la radio et non pas en ayant été expulsés par la violence et la force par l’armée israélienne.
En réalité, les causes ayant provoqué le départ de ces centaines de milliers de Palestiniens sont probablement diverses. Un certain nombre se sont enfuis suite aux avertissements entendus à la radio, d’autres se sont enfuis affolés par les rumeurs qui se répandaient de massacres commis par des soldats juifs comme dans le village de Deir Yassin, enfin des villages ont aussi effectivement été attaqués et leurs habitants expulsés par les forces militaires israéliennes. 
Il ne semble pas qu’il y ait jamais eu de plan prévu et structuré pour une expulsion massive des Arabes. Il faut plutôt essayer de comprendre la situation dans laquelle se trouvait la Palestine à ce moment. Si la guerre civile débuta au lendemain de la déclaration de l’ONU, le pays connaissait une situation insurrectionnelle depuis déjà une trentaine d’années. Émeutes, conflits, violences et massacres s’étaient régulièrement produits entre les deux communautés notamment de la part des Arabes envers les Juifs. Nous le verrons plus en détail dans la partie suivante. On peut donc comprendre que la minorité juive ait pu ressentir intensément d’être face à un danger d’extermination et que l’expulsion de Palestiniens de leurs villages soit devenu le moyen de s’assurer une protection à l’intérieur de la Palestine. Face à la menace d’invasion par les armées des pays arabes voisins, de nombreuses villes et villages palestiniens auraient constitué des lieux stratégiques pour l’adversaire et l’armée juive embryonnaire et sous-équipée n’aurait pas pu résister à un double assaut combinant forces étrangères et population arabe autochtone. C’était une guerre, et une guerre de survie pour les Juifs. C’était une guerre avec son lot de souffrances où probablement des milliers d’Arabes palestiniens ont perdu leur maison et se sont retrouvés à devoir habiter dans des camps de réfugiés alors qu’ils auraient simplement voulu vivre paisiblement dans le pays où ils avaient grandi. Pourquoi avoir refusé le plan de partage de l’ONU même si cette solution était imparfaite ? Cela aurait au moins évité tout ce lot de souffrances.
Environ 700 000 Arabes sont partis dans les pays alentours et, depuis, tous les pays arabo-musulmans demandent réparation pour cela à l’État d’Israël. Étonnement, on ne met jamais dans la balance une autre réalité tragique : l’expulsion et la spoliation de tous leurs biens de 900 000 Juifs depuis l’Irak jusqu’au Maroc juste après cette guerre de 1948 en réponse à la situation en Palestine. Avez-vous déjà entendu une demande de l’ONU faite à tous ces pays pour dédommager ces centaines de milliers de familles juives qui ont aussi perdu du jour au lendemain leurs habitations, leurs commerces et même leurs économies dans leurs comptes en banque. Eux aussi ont dû s’enfuir mais, contrairement aux Palestiniens, ils ont trouvé refuge en Israël, en Europe ou en Amérique et ont pu reconstruire leur vie. Les réfugiés arabes de la Nakba n’ont jamais eu aucun droits ni possibilité de s’intégrer dans les pays où ils s’étaient enfuis. Ils ont été obligés de rester confinés souvent misérablement dans des camps de réfugiés, les pays arabes ayant choisi ainsi de pouvoir continuer à accuser Israël face à l’opinion mondiale. En 1971, le roi de Jordanie a expulsé les réfugiés palestiniens craignant un coup d’État de la part de l’OLP et le renversement de la monarchie. Ces derniers se sont alors enfuis au Liban où ils ont été parqués dans des camps au sud du pays avec peu de possibilités de participer à la vie économie libanaise puisque dix-sept métiers leur étaient interdits. Ces centaines de milliers de réfugiés se sont retrouvés dépendants de l’aide de l’ONU qui a créé spécialement pour eux l’UNRWA, le seul organisme venant encore en aide à des réfugiés même après 60 ans. Aujourd’hui, 6 millions de descendants bénéficient d’aides diverses et réclament toujours de pouvoir retourner en Israël ou en Cisjordanie et de récupérer leurs anciennes habitations et leurs terrains. L’État d’Israël, avec ses 7 millions de Juifs et ses 2 millions d’Arabes israéliens, ne peut évidemment pas se permettre un tel afflux de personnes sous peine de perdre entièrement le contrôle de son état démocratique. Encore une fois, une telle possibilité aurait peut-être été envisageable si les Juifs pouvaient faire confiance aux Arabes et avoir l’assurance que ceux-ci ne tenteraient pas une nouvelle fois de les anéantir. Hélas, les années qui ont suivi la première guerre de 1948 ont plutôt confirmé les Juifs dans leur défiance et leurs craintes. Israël a pourtant envisagé des solutions d’indemnisation pour un certain nombre de réfugiés originels mais jamais pour leurs descendants. Cette idée n’a débouché sur rien de concret et le sort des réfugiés reste toujours insoluble.
Signalons aussi pour finir que les centaines de milliers de Juifs chassés des pays arabes après 1948 ainsi que tous leurs descendants ne bénéficient eux d’aucun droit de retour dans les nombreux pays d’où ils ont été chassés ou qu’ils ont dû fuir, alors qu’ils y vivaient souvent depuis plusieurs siècles. Mais de cela, personne n’en parle.

Un élément passé sous silence

Voici encore un autre fait qui doit être exposé à notre connaissance dans le procès qui est intenté à Israël. En 1949, lorsque les Jordaniens s’emparèrent de Jérusalem, ils en expulsèrent les 2500 résidents juifs, détruisirent à l’explosif les synagogues et donnèrent les logements des Juifs chassés à des Palestiniens. Avez-vous déjà entendu parler de cette injustice, ou pour le dire plus crûment, de ce vol ? Beaucoup diront que c’était il y a 80 ans et préféreront mettre cela sous le tapis. Mais le tapis n’est pas assez grand et ce qui a été caché finit toujours par ressortir. Ces expulsions ont des conséquences encore maintenant. 
Je me souviens d’avoir vu il y a quelques années, sur les chaînes de télévisions françaises, des reportages dénonçant l’expulsion de familles palestiniennes de leur habitation dans les quartiers de Jérusalem-Est, passés sous gouvernement israélien depuis la guerre des six jours en 1967. On y voyait des manifestations de soutien aux familles expulsées et les Juifs, venant prendre possession de ces maisons, étaient présentés comme des ultra-nationalistes haineux ayant bénéficié de la complicité de juges israéliens pour spolier des Palestiniens de leurs logements. Cela paraissait évidemment choquant et scandaleux mais en recherchant un peu plus de renseignements sur le sujet, on pouvait découvrir que la situation était bien différente de la présentation expéditive faite dans les médias. Des familles juives avaient porté plainte auprès de tribunaux pour demander à récupérer les logements dont leurs parents ou grands-parents en avaient été expulsés par les Jordaniens en 1949. Ils avaient fourni les titres de propriété et des photos en noir et blanc de leurs familles dans les habitations en question avant la deuxième guerre mondiale. Les juges avaient estimé que les demandes de restitution formulées par les descendants juifs pour cause d’expropriations illégales étaient justifiées. J’avais alors appris que, loin d’avoir jeté à la rue les occupants palestiniens installés dans les logements ayant appartenu historiquement à leur famille, les Juifs avaient proposé à ces Palestiniens d’en devenir locataires et de rester ainsi dans leur habitation. Cela avait été refusé par les familles arabes. Finalement, on découvre qu’on est loin d’une opération de colonisation des quartiers arabes de Jérusalem par des Juifs « ultra nationalistes haineux » comme la présentation des faits par les reportages télévisés le laissait supposer.

Comme je l’ai dit, la réalité est complexe et l’on ne pourra réellement comprendre le conflit israélo-palestinien si l’on se contente par facilité de condamner Israël sans avoir fait l’effort de prendre en compte tous les éléments. 
En considérant la destruction systématique des synagogues en 1949 dans Jérusalem-Est, je ne peux que faire le parallèle avec ce que j’ai vu lors de tous mes séjours à Jérusalem : mosquées, églises et synagogues se côtoient partout, et la liberté de culte est totale pour chaque religion. Cela ne correspond pas à l’image de l’État raciste, génocidaire et pratiquant l’apartheid dont Israël est souvent affublé ! 

La guerre des Six jours en 1967 et la guerre de Kippour en 1973 ->

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