2. L’état de la société française – Scanner 4
Une société fracturée
« Le vivre ensemble » est le nouveau concept que l’on décline comme un mantra sans jamais en voir l’application concrète ni l’efficacité. Ce slogan semble avoir remplacé le terme de fraternité. Il est employé de plus en plus souvent maintenant car il témoigne de l’accroissement des difficultés pour faire cohabiter dans la société française des groupes avec des visions du monde et des origines différentes.
Un des problèmes qui revient régulièrement sur le devant de la scène concerne les Français « blancs et de grands-parents français » et les Français originaires des pays africains anciennement colonisés. Les premiers sont accusés d’être racistes et les seconds se plaignent d’être humiliés et discriminés. Pour certains, si la France et les Français, c’est-à-dire les Blancs, reconnaissaient leur culpabilité, leur méchanceté du passé et même leur tendance à la domination sur les autres peuples, cela rendrait justice aux descendants des personnes originaires des anciennes colonies. Nous vivrions alors en paix. Sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres, une grande confusion règne et, si nous voulons réellement arriver à vivre ensemble, il faut mettre tout sur la table honnêtement.
Normalement, venir d’horizons et de pays différents devrait être source d’enrichissement et de joie. La diversité dans la nourriture, les vêtements ou la musique devrait nous faire apprécier les autres cultures parce qu’elles nous apportent des choses différentes et complémentaires de ce que nous connaissons. C’est cette diversité que Dieu a voulu lorsqu’il a créé les humains. Nous avons des tempéraments différents, des qualités différentes, des dons différents, des couleurs de peau différentes.
Mais une culture exprime aussi notre vision du monde, nos croyances et nos valeurs. Il y a des bonnes choses dans toutes les cultures mais aussi des choses laides que Dieu déteste et rien n’est plus néfaste pour la cohabitation d’hommes et de femmes issus de différentes cultures que de ne pas reconnaître cela. Accuser une autre culture d’être responsable de tous les maux de l’humanité en fermant les yeux sur les fautes de sa propre culture ne peut que produire de l’orgueil, de la haine et de la rancune. Mettons donc tout sur la table honnêtement.
– Le colonialisme français est issu de la philosophie humaniste, matérialiste et athée. Il était imbu d’un sentiment de supériorité. Les déclarations de Jules Ferry au XIXe siècle sont éloquentes à ce sujet. La France avait vocation à civiliser le monde en lui apportant les Droits de l’homme et la démocratie. Il est inévitable que les peuples ayant été colonisés en aient ressenti une humiliation. Une autre voie était pourtant possible. La France aurait pu apporter les progrès dans les domaines de la médecine, de l’électricité, de la technologie sans profiter de sa puissance militaire pour prendre possession de pays en justifiant cela par une mission en tant que « civilisation supérieure ». On aurait pu partager les découvertes scientifiques du XIXe et du XXe siècles avec générosité et toute l’Histoire en aurait été changée.
– Le colonialisme n’est pas un phénomène purement français. Pourquoi ne parle-t-on pas du colonialisme de l’empire ottoman et du colonialisme des premiers siècles de l’islam ? Comment l’islam s’est-il étendu de l’Inde à l’Espagne ? Par la force. Depuis le début de l’histoire de l’humanité, la domination par la force d’un peuple sur un autre a été malheureusement courante. Dans l’Antiquité, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs ou les Romains ont tour à tour envahi les territoires autour d’eux. La même chose s’est produite en Asie, en Afrique ou en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, on n’entend jamais les reproches adressés aux Français l’être également aux Arabes du septième siècle ou aux Turcs ottomans. Est-ce parce que cela remonte à plus longtemps ou est-ce que parce que ces conquérants étaient musulmans ?
– Il y a une amertume profonde et une rancune chez beaucoup de gens d’origine africaine et maghrébine envers la France et les Français « de souche ». Pourtant ces Français « de souche » ne sont pour rien dans les décisions des gouvernements prises il y a 100 ou 200 ans. Est-ce que les Français devraient toujours en vouloir aux Allemands parce qu’il y a 80 ans les nazis ont envahi la France ? Les Français devraient-ils toujours en vouloir aux Italiens à cause des Romains qui ont colonisé la Gaule ? On ne peut pas changer le passé mais on peut construire l’avenir. Face à l’humiliation et la souffrance résultant du colonialisme occidental, il y a deux attitudes possibles : l’amertume et la rancune, ou le pardon. On n’éteint pas le feu avec de l’essence. On éteint le feu avec de l’eau, et on éteint la haine avec le pardon. Mais on ne peut pardonner que si on réalise que nous avons nous aussi besoin du pardon de Dieu quelle que soit notre origine pour le mal que l’on a fait et le bien que l’on a pas fait personnellement.
– Curieusement, il n’y a pas de graves problèmes entre les Français « blancs » et les Asiatiques. Vous êtes-vous demandé pourquoi ?
– « Je nique les Blancs à cause de l’esclavage ». C’est ce qu’a répondu un homme noir à mon gardien portugais lorsque celui-ci lui a demandé de sortir du hall de notre immeuble parce qu’il n’avait rien à y faire et qu’il s’y était introduit par effraction. Étonnamment, cet homme n’avait jamais eu à souffrir de l’esclavage et mon gardien n’a probablement aucun ancêtre qui ait été esclavagiste. L’esclavage est encore un grand sujet d’amertume chez beaucoup d’Antillais particulièrement. Et pour ce sujet, il faut là aussi mettre tout sur le tapis. L’esclavage est horrible mais n’est pas l’apanage des seuls Européens. Dans l’Antiquité, les Égyptiens, les Romains, les Arabes ont pratiqué cette forme de traite humaine. Les peuples africains l’ont pratiqué également entre eux et le font toujours aujourd’hui comme en Mauritanie. Un ami mauritanien me l’a confirmé tout comme mon oncle qui a travaillé plusieurs années dans ce pays comme responsable d’un immense projet. À la fin du premier mois, lorsqu’il fallut verser la paye aux ouvriers qui avaient travaillé sur le chantier, un Mauritanien se présenta à mon oncle et réclama le salaire d’une centaine d’ouvriers. Ceux-ci était en effet considérés comme sa propriété selon une pratique reconnue légalement. En bon humaniste français, mon oncle refusa de se plier à cette situation et exigea qu’à la fin de chaque mois, chaque ouvrier reçoive sa paye en mains propres ! Les nations européennes ne sont pas les seules à avoir pratiqué la traite d’êtres humains. Pendant plusieurs siècles, les corsaires d’Afrique du Nord capturèrent des centaines de milliers d’Européens et les revendirent comme esclaves. Mais la pire traite de l’histoire de l’humanité, avec celle du commerce triangulaire, s’est déroulée du VIIe au XXe siècle. Pendant toute cette période, 17 millions d’Africains ont été razziés par les Arabes pour être revendus dans tout le Moyen-Orient et jusqu’au Maghreb. Le saviez-vous ? Curieusement, c’est un sujet dont on ne parle jamais. Tidiane N’Diaye a pourtant effectué des recherches approfondies sur cet horrible traffic. Tout est exposé clairement dans son livre « Le génocide voilé ». En voici quelques extraits.
La traite transatlantique a duré quatre siècles, mais pendant treize siècles sans interruption, les arabes ont rasé l’Afrique subsaharienne. Des millions d’hommes ont été déportés en subissant des traitements inhumains et une castration généralisée. La traite négrière arabo-musulmane a commencé lorsque l’émir arabe Abdallah Ben Saïd a imposé aux soudanais un accord conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d’esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Ce fut le point de départ d’une traite humaine qui devait s’arrêter officiellement au début du XXe siècle.
Une énorme ponction humaine sera effectuée dans toute la bande soudanaise mais aussi de l’océan Atlantique à la mer Rouge en passant par l’Afrique orientale. Cette traite fournissait des enfants, des femmes et des hommes tirés de l’intérieur du continent africain. Une route terrestre conduisait les captifs à travers le Sahara et une autre, maritime, acheminait des captifs des ports de la côte Est de l’Afrique jusqu’en Orient. Les négriers arabo-musulmans ont ratissé le continent noir africain jusqu’au nord de l’actuel Ghana et le long d’une ligne qui sert aujourd’hui de frontière avec la Côte d’Ivoire. La traite maritime s’est développée. Les captifs étaient transportés depuis la côte orientale de l’Afrique en Arabie, en Inde et dans d’autres États musulmans d’Asie. Les négriers berbères du Nord et les Touaregs prenaient en otage les populations négro-africaines. Du fond de leur Sahara, ils se ruaient sur les villages sénégalais ou maliens, enlevaient les femmes et les enfants avant de les transporter à travers le désert, au milieu d’indicibles souffrances.
Les chasses à l’homme se déroulaient sur les côtes orientales de l’Afrique, dans le bassin du Nil et dans les régions du Soudan. Les esclaves entretenaient le luxe des notables de l’Égypte, de l’Arabie, de la Perse et de la Turquie. Des villages étaient encerclés en pleine nuit. Les villageois surpris dans leur sommeil étaient mis hors d’état de se défendre, les hommes et les femmes âgées étaient massacrés. Le reste des habitants était attaché en vue du futur long trajet. Durant la longue marche vers la côte ou l’Afrique du Nord à travers le désert, les pertes étaient estimées à environ 20 %. La progression des caravanes de captifs dans le désert durait parfois des mois. Les tempêtes de sable, les écarts thermiques entre le jour et la nuit, la faim et la soif, les milliers de kilomètres parcourus à pied et les fréquentes attaques de pillards causaient une forte mortalité chez les captifs. Le long de ces routes, les explorateurs croisaient partout des squelettes mutilés de façon révoltante. Les femmes noires avaient le plus de valeur. Les Nubiennes et les Abyssiniennes étaient très recherchées pour leur beauté. Le plus souvent elles servaient à l’esclavage sexuel mais étaient aussi appréciées pour leurs aptitudes à la vie domestique et aux travaux traditionnels. Toutes ces femmes étaient systématiquement violées sur le parcours. Les hommes étaient castrés pour la plupart. Cette opération provoqua la mort de 80 % d’entre eux et une extinction ethnique. Ces eunuques pouvaient être affectés à la surveillance des harems. D’autres étaient affectés aux tâches domestiques ou exploités dans les mines de sel et d’or et les propriétés agricoles. Ils étaient traités avec brutalité. La castration se déroulait en Éthiopie. Elle était pratiquée avec l’ablation des testicules ou de tous les organes sexuels. Les mêmes opérations se pratiquaient aussi en haute Égypte. Ainsi, en dépit des masses énormes populations africaines déportées, seule une minorité a pu laisser une descendance dans le monde Arabo musulman. Ce génocide a été programmé avec cynisme.
L’explorateur Stanley affirme qu’en descendant le Congo pour la première fois, il avait visité un pays grand comme l’Irlande et peuplé, selon l’explorateur, d’un million d’habitants. Lorsqu’il revint dans cette contrée peu d’années après, il la trouva dévastée. Des témoins oculaires lui assurèrent qu’elle ne comptait pas plus de 5000 habitants : les négriers arabo-musulmans étaient passés par là. Dans certaines régions d’Afrique il ne subsistait plus que 1 % de la population.
La saignée subie par l’Afrique Noire au cours de la traite et l’esclavage pratiqués par l’Occident est estimée à environ 10 à 20 millions d’individus. La plupart des nations occidentales impliquées dans le commerce triangulaire ont reconnu leurs responsabilités et ont qualifié cette traite de crime contre l’humanité. Ce génocide des peuples noirs par les nations arabo-musulmanes n’a toujours pas fait l’objet d’une reconnaissance aussi nette. Les Arabo-musulmans ont razzié les peuples noirs du VIIe au XXe siècle pour aboutir à un total de plus de 17 millions de victimes.
– Chacun d’entre nous devra rendre des comptes à Dieu même ceux qui ont pu cracher leur venin haineux sans être arrêtés ou inquiétés par la justice des hommes. Je me souviens des cris de singe ou des jets de bananes envers les joueurs noirs lorsque j’étais jeune et que j’allais voir des matchs de foot au Parc des Princes. Aujourd’hui, cela n’a pas disparu des stades et beaucoup, cachés dans l’anonymat au sein des tribunes, se sentent tout-puissants et peuvent toujours laisser s’exprimer leur méchanceté, leur violence et leur médiocrité. Ils devront en répondre devant celui qui a voulu que tout dans la création témoigne qu’il prend plaisir à l’originalité et à la variété.
Dieu aurait pu créer une seule espèce animale, une seule espèce d’arbres, une seule espèce de fruits possédant toutes les propriétés nutritives dont nous avons besoin. Manifestement, il n’apprécie pas la monotonie ni l’uniformité. En observant les animaux et les végétaux, nous devrions avoir compris cela. Chacun de nous est unique et a une valeur spéciale, quelle que soit notre taille, quelle que soit la couleur de notre peau, quelle que soit notre origine géographique et ethnique. Quelle stupidité de nous comparer, de nous opposer et de nous haïr les uns aux autres, c’est une insulte à notre créateur. Dieu aime la diversité.
Ceux qui auront semé la rancune et la haine envers les français « de souche » devront aussi en répondre devant Dieu. Avez-vous déjà lu le livre de Houria Bouteldja, « Les Blancs, les Juifs et nous » ? L’homme blanc y est désigné comme responsable et coupable de tous les maux de l’humanité, il est le monstre impérialiste par excellence. Aucune nuance, tous les Blancs sont dans le même sac, même ceux qui se réclament comme étant antiracistes. Aucun ne trouve grâce car le Blanc semble être génétiquement mauvais, comme si cela était inscrit dans son ADN. Est-ce parce que la « blanchité » y est définie avec subtilité non comme un fait biologique mais social, politique et culturel que cela a permis à cette femme d’éviter des condamnations par la justice ? Étonnamment, il n’y a eu aucune sanction de ses écrits alors qu’elle y déverse sa haine sans aucune retenue. Comment s’étonner de cette complaisance quand on voit que certains s’enthousiasment pour son style littéraire. Sa façon d’écrire est jugée percutante mais elle l’est parce que cette femme est inspirée par l’amertume et la rancune, comme on le ressent dans toutes les pages de son livre. Et il y a encore pire que sa haine contre les Blancs : sa haine des juifs.
Certains voudraient nous enfermer dans une catégorie ethnique, nous « raciser » et nous emprisonner dans la méfiance, la crainte et la haine. Si notre candidature n’a pas été retenue lorsque nous avons postulé un emploi manifestement parce que nous sommes d’origine maghrébine ou parce que notre peau est noire, cela ne signifie pas que tous les Blancs sont mauvais et racistes. Lorsque j’étais en Martinique, je me suis fait insulter et menacer parce que cette fois c’était ma couleur blanche qui suscitait l’animosité. Cela ne m’empêche pas d’aimer la culture antillaise et d’avoir des amis martiniquais.
J’ai rencontré des Blancs qui avaient des préjugés, du mépris ou pire de la haine envers les autres ethnies. Mais il est mensonger, stupide et méchant d’affirmer comme l’a écrit l’ancien ministre Pap Ndiaye qu’il y a un racisme structurel en France. Il est tellement commode et tentant de diviser le monde ethniquement entre les bons et les méchants, l’ethnie dont nous faisons partie étant évidemment du bon côté ! Le racisme n’est pas l’apanage des Blancs. J’ai connu des Maghrébins qui auraient refusé que leurs enfants se marient avec des Noirs. J’ai vu des Noirs exprimer une animosité profonde et irrationnelle envers les Blancs et j’ai rencontré des Asiatiques qui avaient du mépris envers ceux des autres continents.
Devant Dieu, on n’est pas identifié avant tout comme étant issu de l’immigration ou français de souche, comme ayant grandi en banlieue ou dans un milieu privilégié, comme riche ou pauvre, comme Blanc, Maghrébin, Noir ou Asiatique. Dans la société, les gens sont classés de beaucoup de façons différentes, mais dans la Bible on trouve uniquement deux catégories d’êtres humains : ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux dont la vie a été transformée par Dieu. Lorsque notre cœur est changé par Dieu, nous ne voyons plus la vie et les autres de la même façon. Nous n’avons plus besoin d’entretenir du mépris ou un sentiment de supériorité envers les immigrés pour affirmer notre valeur. Nous sommes libérés de ce mensonge qui prétend depuis la Révolution française que la France a pour mission de civiliser les autres peuples. Et si nous sommes originaires d’un peuple anciennement colonisé ou si nos ancêtres ont été réduits en esclavage, nous ne sommes plus condamnés à nourrir de l’amertume envers la France. Nous pouvons pardonner et être libres de la rancune.
Dans mon église, des croyants de toutes origines ethniques vivent ensemble, s’apprécient et s’aiment. Nos différences de tempéraments, nos sensibilités variées et nos arrière-plans culturels ne sont pas un obstacle entre nous. Quel privilège de pouvoir s’inviter dans nos appartements entre Africains et Français. Quelle richesse quand je vois des femmes d’origines chinoise et algérienne partager leurs joies et leurs difficultés. Quel émerveillement dans notre société fracturée et déchirée d’observer des chrétiens du Moyen-Orient rire et aimer passer leur temps avec des Anglais, des Camerounais, des Cambodgiens, des Haïtiens. Quel joie de voir une Brésilienne mariée à un Français, une Américaine à un Gabonais, une Française à un Égyptien, une Russe à un Malien ! Nous faisons partie d’un nouveau peuple, le peuple de Dieu, où sont accueillis à égalité des hommes et des femmes issus de toutes les nations quels que soient la couleur de leur peau, leur niveau social et leur compte en banque. Nous sommes membres de la nouvelle humanité où nos différences sont des bénédictions.
Le « vivre ensemble » que l’homme ne peut réussir à établir par ses propres forces, Dieu le fait expérimenter à ceux qui choisissent le pardon et l’amour plutôt que l’amertume, la rancune, le mépris, le paternalisme, la crainte et la haine. Jésus est venu pour que cela se réalise.