2. Retour en 2005 : La bande de Gaza

La bande de Gaza est un petit territoire de 41 km de long et de 6 à 12 km de large, avec une population de 2,2 millions d’habitants.
Suite à la guerre des Six-Jours en 1967, Gaza a été occupé par les Israéliens jusqu’en 2005, année où le premier ministre Ariel Sharon a décidé l’évacuation des forces militaires et des 8000 Israéliens de ce territoire. Dès lors, il n’y a plus eu aucun résident juif dans la bande de Gaza, et cela jusqu’à aujourd’hui.
Au lendemain du retrait israélien, deux groupes politiques palestiniens se sont alors disputés la gouvernance du territoire : le Fatah et le Hamas. Ce dernier a obtenu la majorité aux élections législatives en 2006 puisqu’une majorité de Gazaouis a choisi de le porter au pouvoir.
Une guerre civile s’est ensuivie jusqu’en 2007. Le Fatah a été éradiqué et des centaines de ses membres furent assassinés par les combattants du Hamas qui put alors régner en maître dans la bande de Gaza.

Ce petit territoire aurait pu devenir le Singapour du Moyen-Orient.

Il avait beaucoup d’atouts pour cela. Les terres sont fertiles, il y a un débouché maritime et la possibilité de faire du commerce avec l’Égypte, avec les pays de la Méditerranée et même avec Israël. Gaza est l’endroit du monde qui reçoit le plus d’argent pour aider à son développement. Chaque année, le Qatar verse 340 millions d’euros au Hamas, l’Arabie Saoudite 116 millions d’euros et l’Iran est également un contributeur très important. La bande de Gaza reçoit des dons et des aides très élevées de l’Union européenne. L’ONU finance des projets comme l’agence pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA. De nombreuses O.N.G. et des associations proches des frères musulmans sont actives sur le terrain. Comment expliquer que Gaza soit l’endroit le plus aidé au monde et toujours l’un des plus pauvres depuis 20 ans ?
Une opinion assez répandue est que tout est de la faute d’Israël qui asphyxie ce territoire en lui imposant un blocus terrestre et maritime. Je suis toujours stupéfait et consterné devant l’énormité de cette contre-vérité. En réalité, que s’est-il passé depuis 2005 ? 
À la suite de son indépendance en 1965, Singapour a connu un développement économique extraordinaire. Ce petit État, privé de ressources naturelles, a investi toutes ses forces dans les nouvelles technologies, l’industrie, le commerce maritime et l’éducation. Le PIB par habitant est maintenant très élevé et le niveau économique atteint par cette cité-État a étonné le monde entier. La bande de Gaza aurait pu suivre la même trajectoire.

Le Charte du Hamas

Hélas, le projet du Hamas n’était pas avant tout le bien-être de la population, un développement économique et une solution à deux États pour vivre en paix avec les Juifs mais l’éradication de l’État d’Israël. Voici ce qu’on peut lire dans la Charte du Hamas qui est le texte fondamental pouvant être assimilé à nos constitutions et qui expose la vision de ce mouvement.

Israël existera jusqu’à ce que l’islam l’anéantisse comme il a anéanti d’autres avant lui. Le jour du jugement dernier ne viendra pas tant que les musulmans ne combattront pas les Juifs et ne les tueront pas tousLe Hamas œuvre à planter l’étendard de Allah sur toute parcelle de la Palestine. (Article 6) 
La terre de Palestine est une terre islamique waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. Il est illicite d’y renoncer en tout ou en partie, de s’en séparer en tout ou en partie. (Article 11) 
Renoncer à quelque partie de la Palestine que ce soit, c’est renoncer à une partie de la religion. (Article 13)
L’Heure ne viendra pas avant que les pierres et les arbres eussent dit : « Musulman, un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. » (Article 7) 
Tu trouves les ennemis sans cesse sur la brèche dans le domaine des médias et des films. Ils agissent par l’intermédiaire de leurs créatures membres de ces organisations sionistes aux noms et formes multiples. (Article 17) 
Grâce à l’argent, ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d’informations, la presse, les maisons d’édition, les radios, etc. (Article 22). 
Le plan sioniste n’a pas de limite ; après la Palestine, les Juifs ambitionnent de s’étendre du Nil à l’Euphrate, et ainsi de suite. Leur plan se trouve dans « Les protocoles des sages de Sion ». (Article 32)

Cette Charte est disponible sur Internet avec sa traduction en français. Le Hamas a annoncé avoir amendé cette charte en 2017 pour laisser croire à un début de normalisation avec l’État d’Israël. La suite des évènements a montré combien tout cela n’était que mensonge pour tromper les Israéliens. Le Hamas, émanation des frères musulmans, rejette le système d’organisation des peuples en États-nations. Son seul projet politique est l’établissement du califat sur toute la Terre. Dès 2006 et son accession au pouvoir, le Hamas a donc concentré toutes ses forces et ses ressources dans le combat contre Israël, ayant décrété l’illégitimité de l’existence d’un État juif au Moyen-Orient.

Un seul projet et une seule obsession

Les centaines de millions de dollars reçus de l’étranger pour aider au développement de la bande de Gaza ont été investis dans de l’armement et dans la construction des fameux tunnels dévoilés au monde après 2023. Dans leur obsession anti-israélienne, les dirigeants de la bande de Gaza ont négligé d’entretenir leurs infrastructures. Ainsi, la grande centrale électrique de Gaza s’est détériorée et n’a plus été capable de fournir de l’électricité à la population que pendant quelques heures chaque jour. C’est même l’État d’Israël qui a dû leur fournir de l’électricité en complément pour éviter une crise humanitaire. Cette situation a entraîné à Gaza la fermeture de l’usine de traitement des eaux usées qui se sont alors répandues et infiltrées dans le sol jusqu’à contaminer les nappes phréatiques souterraines. 

Pendant toutes ces années, l’État d’Israël n’a cessé d’être accusé comme étant responsable des conditions de vie misérables à Gaza du fait du blocus imposé autour de ce territoire. Encore une fois, il faut rétablir la vérité et exposer les faits.
Dès 2006, le Hamas a organisé régulièrement des incursions dans l’État d’Israël pour tuer ou enlever des militaires. Pour se protéger, les Israéliens ont dû construire tout autour de la bande de Gaza une barrière de sécurité avec quelques points de passage où l’armée israélienne contrôle ce qui entre dans Gaza. Curieusement, l’Égypte a fait la même chose sur sa frontière avec la bande de Gaza ! Ces dernières années, le Hamas a fait creuser des tunnels pour passer en dessous de cette barrière de sécurité. De nouvelles agressions par des petits commandos ont recommencé à avoir lieu en Israël et le gouvernement israélien a dû alors faire bâtir un mur qui descendait très profondément dans le sol pour empêcher ces intrusions. Toute cette infrastructure de protection avec un système élaboré de caméras coûte cher à l’État d’Israël. Ce n’est pas par plaisir qu’ils ont investi dans ce système, c’est en réaction aux agressions venant de Gaza. Si le Hamas avait choisi de se concentrer au développement de son territoire, aucune barrière de sécurité n’aurait été nécessaire.

Il y a une dizaine d’années, je me souviens que l’armée israélienne avait interdit pendant un certain temps l’entrée dans Gaza aux camions transportant du ciment. Ils étaient restés bloqués aux points de passage et cela avait suscité un tollé dans l’opinion publique. Le gouvernement Israélien avait affirmé que ce ciment n’était pas destiné à la construction de bâtiments mais à l’établissement d’un réseau souterrain immense de tunnels en vue d’un futur conflit avec l’État d’Israël. Toutes sortes d’accusation avaient été lancées contre Israël mais, aujourd’hui, avec la découverte de ce réseau de centaines de kilomètres, on ne peut que reconnaître que la décision prise à ce moment par Israël était justifiée. Dans cette bande de Gaza en proie à de telles difficultés, comment son gouvernement a-t-il pu investir tant d’argent dans ce projet de tunnels ? La haine des juifs n’est-elle pas la seule explication à cette folie ?

Les attaques terrestres étant contrecarrées en grande partie par l’érection de cette barrière de sécurité, le Hamas a alors choisi de bombarder régulièrement le territoire d’Israël par des roquettes, des obus et finalement des missiles. Tous les deux ou trois ans, des milliers de projectiles étaient envoyés en direction d’Israël pendant plusieurs semaines. Il ne s’agissait pas de simples pétards du 14 juillet. Les roquettes étaient souvent de fabrication artisanales mais les obus et les missiles pouvaient détruire une habitation entière. A chaque fois, ce furent des villes et des zones civiles qui furent ciblées. Israël dut alors développer tout un système d’interception de missiles que l’on connaît maintenant sous le nom  de dôme de fer. L’État d’Israël doit ainsi dépenser des milliards d’euros pour protéger sa population. C’est un coût exorbitant pour le peuple israélien mais sans cela, combien de milliers de personnes auraient probablement péri ? Je n’ai pas entendu de condamnations de la part de l’ONU ni de prise de position ferme dans les médias en France pour dénoncer ces attaques criminelles. Par contre, lorsqu’Israël a été forcé de bombarder avec son aviation tous les endroits à Gaza où se trouvaient des lanceurs de missiles et de roquettes, les accusations contre l’État hébreu ont été systématiques. Le coupable semble être toujours le même alors qu’il est en réalité l’agressé puisque le narratif présente les Gazaouis comme les oppressés et le Hamas comme un mouvement légitime de résistance. Qu’importe si des milliers de missiles sont envoyés aveuglément sur le territoire israélien sans aucun avertissement et qu’importe si, à l’inverse,  l’armée israélienne prévient systématiquement avant de bombarder un immeuble afin que tous les habitants puissent évacuer avant la destruction. Connaissez-vous un autre pays qui soit obligé de construire des abris souterrains dans chaque immeuble ou dans les lieux publics pour que la population puisse s’y réfugier à cause de ces menaces continuelles ? Pourtant, je le redis, la bande de Gaza avait la possibilité de se développer en n’ayant aucune présence juive sur son territoire. C’est le choix fait par le Hamas d’attaquer constamment Israël qui a rendu obligatoires les réactions de l’État hébreu.

L’agressé est le seul coupable et l’agresseur devient la victime et le héros

Ce qui est stupéfiant et révoltant, c’est la mise au pilori d’un seul et unique coupable – l’État d’Israël – par les députés de LFI, par tant de jeunes étudiants dans les universités, par des intellectuels et des journalistes. Je pourrais encore comprendre cela si les accusations portées contre Israël étaient accompagnées de dénonciations aussi virulentes des crimes et de la méchanceté du Hamas. Mais je n’entends aucun mot de réprobation du Hamas par ceux qui n’ont que les mots de génocide, d’apartheid et de crimes contre l’humanité à la bouche lorsqu’ils parlent de l’État d’Israël. Est-ce de l’aveuglement, de la complicité et finalement de l’antisémitisme pur et simple ? Si l’on vous a caché la situation réelle dans la bande de Gaza, voici pêle-mêle quelques éléments qui feront probablement évoluer votre point de vue. 

– J’ai écouté plusieurs témoignages de Gazaouis qui avaient fui la bande de Gaza. L’un d’entre eux, réfugié en Israël, a raconté la cruauté du Hamas, les tortures qu’il avait subies et a montré ses bras qui avaient été lacérés au cutter. Après avoir entendu tout ce qu’il avait dévoilé, on ne pouvait plus avoir aucune sympathie pour ce soi-disant mouvement de résistance.

– La lecture du témoignage de Mosab Hassan Yousef, le fils d’un des fondateurs du Hamas, est accablant. Dans son livre « Le prince vert », il décrit les tortures utilisées par le Hamas. Il vit maintenant aux États-Unis où il a dû s’enfuir.

– Plusieurs fois, des vidéos prises avec des téléphones portables par des Gazaouis ont été postées sur YouTube. J’y ai vu des Palestiniens qui avaient refusé qu’un lance-roquette soit installé dans leur immeuble ou qui étaient soupçonnés de collaboration avec Israël. Ils avaient les mains attachés dans le dos, étaient montés sur le toit de l’immeuble et y étaient jetés dans le vide pour servir de leçon à la population.

– Yahya Sinwar, un des chefs du Hamas, a été emprisonné en Israël plusieurs années pour crimes puis libéré en 2011 dans l’échange de 1000 prisonniers palestiniens contre le soldat israélien Gilad Shalit. Vous ne le savez probablement pas mais, au cours de sa détention, Yahya Sinwar a été soigné d’une tumeur au cerveau dans un hôpital israélien par des médecins israéliens. Étonnant n’est-ce pas de la part d’un État génocidaire ! Ce même homme, lors de ses interrogatoires par le Shin Bet, a raconté comment il avait étranglé de ses propres mains des Palestiniens « collaborateurs » et même enseveli vivant l’un d’eux.
 
– Le plus incompréhensible, c’est que les chefs du Hamas puissent être présentés comme des héros, des combattants pour la liberté. La bande de Gaza est un des endroits les plus pauvres du monde et pourtant, une enquête de la BBC sur les revenus des chefs du Hamas, a révélé qu’ils sont tous millionnaires ! La fortune estimée des leaders du Hamas installés au Qatar est de 4 milliards de dollars pour Khaled Meshal. Ce chef du Hamas à l’étranger voyage toujours en jet privé dans des hôtels cinq étoiles. Pour Moussa Abu Marzouk, le numéro deux et le chef du département des relations internationales, sa fortune est évaluée à 3 milliards de dollars. Des factures de 2 millions de dollars à des boutiques de luxe au nom d’Ismaël Haniyeh qui était à la tête du bureau politique, ont été retrouvées à Gaza en 2024. Comment ont-ils pu accumuler une telle richesse alors que la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ? Les 340 millions d’euros versés par le Qatar et les 116 millions d’euros reçus de l’Arabie Saoudite servaient à payer les salaires des fonctionnaires de Gaza mais une bonne partie a bien dû finir sur les comptes en banque de dirigeants du Hamas. Il en est de même des 340 millions d’euros d’impôts et de taxes sur les produits entrants chaque année à Gaza et des 500 millions d’euros investis dans des sociétés internationales. Leur corruption a été dénoncée clairement par le deuxième fils d’un des fondateurs du Hamas.

– Enfin, je vous laisse lire ce long témoignage que l’on pouvait lire dans le journal Times of Israël le 16 novembre 2024.

Un palestinien de Gaza nous parle du Hamas

En 2019, deux militants de Gaza, Hamza Howidy et Amin Abed, avaient organisé un mouvement de protestation qui dénonçait les dures conditions de vie et la pauvreté qui prévalaient dans dans la bande de Gaza. Ils avaient été arrêtés par le Hamas et incarcérés dans la même cellule. Chaque jour, ils avaient été frappés et ils avaient subi des actes de torture.

Au mois d’août 2023, Howidy, 26 ans, est finalement parvenu à quitter Gaza. Abed, 35 ans, est resté dans l’enclave. Même après le 7 octobre, Abed a refusé de garder le silence face aux dévastations infligées par le groupe terroriste à Gaza. Au début du mois, cet activiste connu a publié un post en arabe sur Facebook où il fustigeait avec force le groupe islamiste pour le massacre commis par ses hommes armés en Israël. « Le Hamas savait dès le début qu’Israël allait riposter mais il a été prêt à tout et n’importe quoi pour s’assurer qu’il continuerait bien à gouverner, Gaza est une poule aux œufs d’or pour les chefs du Hamas et pour leurs investissements à l’étranger ».
Peu après avoir écrit sa publication, Abed a été agressé par une vingtaine de membres des services de sécurité du Hamas qui, le visage masqué, des matraques et des couteaux à la main, sont entrés dans l’école où il s’était réfugié avec sa famille. Il a été pris en charge à l’hôpital pour des fractures aux bras et aux jambes. « Abed est le Gazaoui le plus courageux qui soit », explique Howidy au cours de son entretien avec le Times of Israël, évoquant son ami et ancien compagnon de cellule. « Il n’a jamais eu peur du Hamas. Quand nous réfléchissions à organiser une manifestation, il était toujours le premier à écrire des publications pour les annoncer, il était toujours le premier à en parler haut et fort. Il a consacré toute sa vie à lutter contre le Hamas, à s’y opposer. »

Howidy, pour sa part, vit dorénavant en Allemagne où il est arrivé il y a quelques mois. Il a soumis une demande d’asile. Il est logé par le gouvernement allemand qui lui verse aussi une allocation. Dorénavant protégé des éventuelles représailles susceptibles d’être exercées par le Hamas à l’encontre de lui-même, voire à l’encontre de sa famille, Howidy s’autorise aujourd’hui à laisser libre cours à ses critiques du groupe terroriste sur la scène internationale.
Il a un compte anglophone, sur Twitter, où il parle des souffrances des Gazaouis. Il a aussi écrit dans des magazines de premier plan, notamment dans Newsweek, et il a accordé des entretiens aux médias internationaux où il raconte la réalité de la gouvernance terroriste du Hamas sur la population de Gaza. Auprès des journalistes, il s’insurge contre les « libéraux » auto-proclamés qui évoluent sur les campus des universités occidentales et qui, selon lui, nuisent aux Palestiniens en restant aveugles face aux crimes commis par le groupe terroriste à leur encontre. Il réfute également les idées fausses sur le groupe terroriste et sur les Gazaouis, des idées bien implantées en Occident.

En 2019, des centaines de Gazaouis étaient descendus dans les rues pour demander de meilleures conditions de travail dans le cadre d’un mouvement qui était devenu connu sous le nom « Nous voulons vivre ». Les forces de sécurité du Hamas avaient rapidement étouffé ces marches, frappant violemment les protestataires et plaçant en détention plus d’un millier de personnes. Howidy et Abed avaient figuré parmi elles. Les forces de sécurité du Hamas avaient rapidement réprimé le mouvement de protestation. Elles avaient ouvert le feu à balle réelle sur les manifestants pour disperser le rassemblement. « Les gens avaient commencé à courir pour avoir la vie sauve. Après avoir tiré sur la foule, les milices étaient arrivées avec des matraques et elles avaient tapé sur le plus grand nombre de personnes possible. Et nous avions ensuite été arrêtés », explique-t-il. Howidy était parvenu à sortir de prison après trois semaines d’incarcération grâce à un pot-de-vin de 3 000 dollars qui avait été versé par sa famille qui est relativement aisée. D’autres ne devaient pas avoir cette chance. De nombreux manifestants appréhendés ce jour-là avaient passé huit ou neuf mois derrière les barreaux, une peine qui avait duré un an pour Abed. Howidy déclare que son ami a été arrêté par le Hamas à une dizaine de reprises au moins et qu’il avait déjà été hospitalisé pour des fractures aux membres à deux occasions dans le passé. « Le Hamas a peur. Il sait que la population est en colère, qu’elle veut les remplacer mais qu’elle a peur de protester parce que tout le monde sait très bien ce que serait la réponse du Hamas à de telles initiatives. Nous avons déjà essayé à de nombreuses reprises ».
Ce jeune adulte de 26 ans a grandi à Gaza City, dans le quartier Rimal, un quartier qui était l’un des plus favorisés de la bande et qui, pour cette raison, a accueilli les habitations de chefs variés du Hamas. Yahya Sinwar, à la tête du groupe terroriste, vivait à 15 minutes à pied du domicile familial.

Howidy n’avait que neuf ans, au mois de juin 2007, quand le Hamas s’était emparé du pouvoir au sein de l’enclave côtière en l’arrachant à l’Autorité palestinienne après une victoire électorale remportée lors du scrutin législatif palestinien, l’année précédente. Après cette prise de pouvoir, le Hamas avait exécuté des centaines de membres du Fatah, la faction laïque à la tête de l’Autorité palestinienne. Environ 600 Palestiniens avaient été tués en quelques semaines dans les combats qui avaient opposé les deux factions. « J’étais encore jeune mais je me souviens de ces violences. Quand ils avaient pris le contrôle de Gaza, les hommes du Hamas avaient commencé à chercher les personnes du Fatah, dit Howidy. Ils accrochaient leurs cadavres aux motos qu’ils chevauchaient et ils paradaient dans les rues de mon quartier. C’était un cauchemar. Le but, c’était de choquer suffisamment la population en lui montrant les pires actes de violence de manière à ce que les gens n’osent plus s’exprimer et ce, le plus longtemps possible. C’est la même tactique qui a été reprise par l’État islamique à Mossoul. Ces images et les scènes de liesse sont gravées dans ma mémoire et elles restent dans les esprits de tous les Gazaouis, tout comme les scènes de réjouissances qui ont été observées, le 7 octobre. Une personne normale ne célèbre pas la mort de qui que ce soit ».

Les prisons du Hamas étaient effroyables. « Trois semaines de violences physiques et d’actes de torture, c’est très, très long. Quand les gens, en Occident, pensent à une prison, ils pensent à la nécessité d’appeler un avocat, au procès qui va se dérouler devant le tribunal. A Gaza, vous vivez sous un régime terroriste ; il n’y a rien de tout cela. Pas de visite de la part de votre famille. Vous n’avez aucune idée de ce qui va vous arriver ». Howidy ajoute que le Hamas avait créé de toute pièce des charges à son encontre et à l’encontre des autres détenus. « J’ai été accusé de choses ridicules. Par exemple, au cours des premiers jours, j’ai été accusé de collaborer avec les autorités israéliennes. On m’a ensuite accusé de travailler avec l’Autorité palestinienne. Et enfin, les derniers jours, je me souviens qu’ils m’avaient dit que j’étais payé par les Émirats arabes unis. » Howidy déclare que les violences quotidiennes l’avaient presque brisé. « Finalement, vous finissez par vous dire que vous pourriez bien plaider coupable, juste pour qu’ils cessent de vous frapper. Je pense que si j’étais resté plus longtemps, j’aurais fini par admettre tout ce qu’ils voulaient. »

« Les opposants au Hamas, à Gaza, étaient redescendus dans les rues au cours de l’été 2023, demandant une amélioration de leurs conditions de vie difficiles en reprenant le même slogan, ‘Nous voulons vivre’, un mouvement de protestation qui n’avait guère attiré l’attention des médias internationaux », déplore Howidy. Une fois encore, le jeune adulte était allé manifester et une fois encore, il avait été incarcéré pendant deux semaines. Le pot-de-vin qui avait été versé par sa famille pour le faire sortir de prison s’était élevé, cette fois, à 5 000 dollars.

Après les répression brutales de ce mouvement par les forces du Hamas, Howidy avait perdu tout espoir de pouvoir un jour avoir une vie normale à Gaza. Avec les encouragements de sa famille qui craignait de ne pas pouvoir le faire sortir de prison une troisième fois, il avait décidé de quitter l’enclave, rejoignant les 300 000 Gazaouis qui avaient laissé derrière eux l’enclave côtière pour trouver une vie meilleure à l’étranger avant le 7 octobre.

Howidy se souvient que dans son enfance, les Israéliens étaient toujours décrits, dans les discours du Hamas, comme des agents du Mossad qui recrutaient des collaborateurs au sein de la population palestinienne. Il lui était alors dit et répété que la paix avec les Israéliens était impossible. Toutefois, quand il était encore à Gaza, il était secrètement entré par curiosité en contact avec un certain nombre d’Israéliens sur les réseaux sociaux et il s’est depuis lié d’amitié avec certains. Aujourd’hui, il conseille à ses amis, dans la bande, d’entrer en communication avec leurs voisins. « Les Israéliens sont des gens normaux. Il y a une petite minorité d’extrémistes mais avec la plupart d’entre eux, c’est possible de se réconcilier, affirme-t-il. Il faut seulement comprendre leurs inquiétudes et en particulier en matière de sécurité. Il suffit de regarder leur histoire ».
La propagande anti-israélienne haineuse du Hamas est omniprésente dans la bande placée sous l’autorité du Hamas. Pendant quatre ans, Howidy avait étudié la comptabilité au sein de l’Université islamique de Gaza, une université qui a été fréquentée par un grand nombre de dirigeants du groupe terroriste au pouvoir. A cette époque, dit-il, il avait subi un lavage de cerveau constant, pas seulement concernant Israël et les Juifs mais aussi contre les autres religions et notamment contre la petite minorité chrétienne qui se maintient au sein de l’enclave côtière. « Il y avait deux ou trois écoles chrétiennes à Gaza et un club chrétien où les gens se retrouvaient pour jouer au foot. L’un de mes professeurs avait dit qu’il voulait que le Hamas les fasse disparaître. Comme je vous l’ai déjà dit, c’est comme l’État islamique. Mais ils sont dotés d’un bon service de relations publiques. Ils savent comment soutenir leur narratif de combattants pour la liberté. Et grâce aux régimes turc et qatari, ils peuvent se financer ».

Mais après avoir régné d’une main de fer pendant 17 ans, après avoir entraîné des conflits armés répétés avec Israël, après avoir détourné des milliers de dollars versés en aides à la population pour construire ses tunnels et pour s’armer, le Hamas a perdu les faveurs de la majorité des Gazaouis, maintient Howidy. « La population civile, à Gaza, est très en colère contre le Hamas aujourd’hui, c’est le cas également d’un grand nombre de personnes qui le soutenaient, dans le passé. S’ils n’aiment pas nécessairement Israël, les Gazaouis ont réalisé que le Hamas les utilise comme des pions, comme des boucliers humains et rien de plus. Ils ont réalisé que la seule stratégie du Hamas est d’optimiser le nombre de victimes civiles. »
La tactique perverse du Hamas, qui choisit de se cacher dans les infrastructures civiles, n’est pas une nouveauté. Le groupe terroriste avait opté pour le même mode opératoire au cours des conflits antérieurs avec Israël, dit Howidy. « La population, à Gaza, est pleinement consciente de ça. Lors des guerres précédentes, on se disait toujours les uns aux autres de rester à distance des écoles et des hôpitaux parce qu’on savait très bien que le Hamas s’y cachait. »

Howidy a retenu l’attention des médias après la publication d’une Opinion dans le magazine Newsweek, au mois d’avril, alors que les manifestations anti-israéliennes organisées sur les campus universitaires américains et occidentaux battaient leur plein. Dans le journal, il critiquait les protestataires pour leur incapacité à condamner le terrorisme et pour leur tendance à glorifier le terrorisme. « Vous savez ce qui aiderait réellement les Palestiniens à Gaza ? Ce serait de condamner les atrocités du Hamas. A la place, les manifestants scandent régulièrement leur slogan en faveur ‘d’une mondialisation de l’Intifada’. Apparemment, ils ne réalisent pas que les Intifadas ont été catastrophiques pour les Palestiniens et pour les Israéliens, tout comme le 7 octobre a été désastreux pour la population de Gaza. Le problème, c’est que les gens, en Occident, accordent du crédit à ce narratif des ‘combattants pour la liberté’, un narratif qui est totalement mensonger. Oui, Israël mérite de nombreuses critiques mais ce à quoi le Hamas se livre, ce n’est pas à un combat pour la liberté et il ne défend pas non plus les droits des Palestiniens. Sur les campus, les manifestants croient qu’Israël est un pays constitué de suprématistes blancs. Ils ignorent que plus de 50 % des Israéliens sont des descendants des Juifs arabes. Je ne veux pas leur dire à qui apporter leur soutien mais ils devraient tout de même prendre plus de temps pour s’informer sur ce conflit avant de choisir qui sera l’ennemi et qui sera le héros. S’ils savaient ce que le Hamas a fait vivre aux Palestiniens au-delà de ce qu’il a fait subir aux Israéliens le 7 octobre, ils réaliseraient qu’ils soutiennent des terroristes dotés d’un bon service de relations publiques. »

Le 7 octobre 2023 ->

Retour en haut