ANNEXE Chapitre 3bis

Que sait-on historiquement de Jésus ? 

1. L’existence de Jésus est attestée par des sources non-chrétiennes mais elles sont en petit nombre. 
L’historien romain Tacite (55-120 après J.C.) rapporte : « Christ fut mis à mort par Ponce Pilate, procurateur de Judée sous le règne de Tibère ». On trouve des courts passages sur Jésus-Christ dans les écrits de Pline le Jeune, de Suétone et d’autres écrivains romains. L’historien juif Flavius Josèphe (37-100 après J.C.) a écrit : « Il y eut à cette époque un homme sage, Jésus. Il attira à lui de nombreux juifs. Pilate le condamna à la croix ». Dans le Talmud babylonien qui regroupe les commentaires de la Bible par des rabbins, Jésus a été mis à mort la veille de la Pâque.  

2. Ce que l’on connaît sur lui, sur ce qu’il a fait, sur ce qu’il a dit nous vient principalement des quatre évangiles. 
Ce sont les récits des témoins oculaires. Tout ce qu’a fait et dit Jésus n’est bien sûr pas raconté mais les écrivains ont sélectionné tout ce qu’il leur semblait essentiel à nous transmettre. L’évangile de Jean le déclare clairement : Jésus a accompli encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres signes qui ne sont pas décrits dans ce livre. Mais ceux-ci ont été décrits afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu (Jean 20.30,31). Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses. Si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde entier pourrait contenir les livres qu’on écrirait. (Jean 21.25)
Luc, le seul des quatre auteurs à ne pas avoir vécu aux côtés de Jésus, a enquêté auprès de tous ceux qui l’ont connu personnellement (les membres de sa famille, ses disciples…) afin de collecter des éléments à la source pour la rédaction de son ouvrage : Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement. Il m’a donc paru bon à moi aussi, qui me suis soigneusement informé sur toutes ces choses dès l’origine, de les exposer par écrit. (Luc 1.1-4)

Peut-on se fier à ce qui est écrit dans les évangiles ?

Beaucoup affirment que l’on ne peut rien savoir de sûr concernant Jésus. D’autres, avec assurance, ont écrit des livres sur ce que serait le véritable Jésus selon leurs recherches. A chaque fois, le portrait est très différent de ce qu’on voit dans les évangiles. J’ai même lu que, lorsque Jésus aurait eu une vingtaine d’années, il se serait rendu en Inde pour y étudier les livres sacrés hindous et bouddhistes !!! Des films s’éloignant fortement du récit de la Bible ont aussi été réalisés et ont eu du succès, « La dernière tentation du Christ » par exemple. Lorsqu’on ne connaît rien sur le sujet, on est facilement impressionné par ceux qui prétendent avoir enquêté avec minutie. Mais dès que l’on se documente sérieusement, on s’aperçoit bien vite que les pseudo-révélations ne reposent pas sur grand-chose. Deux accusations principales sont portées à l’encontre de l’historicité de la personne de Jésus telle qu’elle nous est rapportée dans la Bible.

– Accusation 1 : les textes originaux ont été réécris et transformés. 
Certes, nous ne possédons pas les originaux des évangiles. Mais il existe des extraits écrits sur papyrus qui datent de quelques dizaines d’années suivant la rédaction originelle. Un papyrus datant de l’an 200 avec les 14 premiers chapitres de l’évangile de Jean a été retrouvé. De plus, on dispose de très nombreuses citations des quatre évangiles dans les écrits des enseignants chrétiens des deux premiers siècles. A chaque fois, la citation correspond au texte des évangiles que nous trouvons aujourd’hui dans les Bibles. Les variations sont infimes et n’altèrent pas le sens des récits. Ces documents confirment que les quatre évangiles tels que nous les avons aujourd’hui étaient reconnus comme faisant autorité dès le deuxième siècle dans les églises du bassin méditerranéen. 
Nos connaissances historiques sur la période de l’Antiquité où Jésus a vécu proviennent de sources autrement moins fiables et moins nombreuses que les témoignages sur Jésus. Et pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne de douter que Jules César a envahi la Gaule ! Il suffit de comparer les documents disponibles pour se rendre à l’évidence. 

AuteurLivreIntervalle entre l’original et les plus anciennes copies retrouvéesNombre de copies retrouvées
ThucydideGuerre du Péloponnèse      1300 ans        8
HérodoteHistoires      1300 ans        8
Platon       1300 ans        7
Jules CésarLa guerre des Gaules        900 ans      10
TaciteAnnales      1000 ans      20
Les évangiles et les 27 livres du Nouveau TestamentFragments de livres : 50 ans  
Livres complets : 100 ans 
Le N.T. complet : 225 ans
  5700 en grec 

Il faut ajouter aux 5700 manuscrits en grec du Nouveau Testament les 19 000 traductions en latin ou dans d’autres langues (éthiopien, copte égyptien, gothique…). Les premières traductions en syriaque et en latin apparurent en 150 après J.C. 

– Accusation 2 : Il existe d’autres écrits sur Jésus, d’autres évangiles comme celui de Thomas, qui nous présentent un Jésus différent. On ne peut donc pas savoir avec certitude ce qui s’est réellement passé.
Le « Da Vinci code », best-seller il y a quelques années, a popularisé cette théorie. Effectivement, dès les premiers siècles, d’autres récits sur Jésus ont circulé ainsi que des croyances en contradiction avec ce qui était écrit dans les quatre évangiles. Face à l’apparition de nombreux écrits extravagants sur la vie de Jésus et de doctrines déviantes, les enseignants et responsables chrétiens ont donc eu besoin de critères objectifs pour exclure officiellement ces récits imaginaires ou fabuleux. Les critères retenus ont été les suivants : rédaction du récit par un témoin oculaire (et plus précisément par un des douze apôtres ou par un auteur accrédité par un des apôtres), exactitude géographique et historique des lieux et personnalités mentionnés, accord avec l’enseignement moral et doctrinal des premiers disciples de Jésus, transmis ensuite de génération en génération. 
Il faut savoir que l’apôtre Jean, qui a écrit le quatrième évangile, a formé de nouveaux disciples qui devinrent pour certains responsables des premières communautés chrétiennes et que ces disciples ont laissé des écrits où ils affirment que Jean est l’auteur de l’évangile qui porte son nom. Ils tenaient ce renseignement de la bouche même de l’apôtre Jean et ils transmirent ensuite cette information à ceux qui leur succédèrent. Nous en avons comme exemple les écrits de Polycarpe, un disciple de Jean qui vécut à Smyrne (aujourd’hui Izmir en Turquie), et les écrits d’un disciple de Polycarpe, Irénée, originaire d’Asie Mineure et venu s’installer à Lyon en Gaule. Irénée n’a pas connu personnellement l’apôtre Jean mais il a attribué à son tour la paternité de l’évangile à Jean tenant ce renseignement de Polycarpe. Précisons que Polycarpe est mort en 156 à 86 ans et qu’il a été brûlé vif, n’ayant pas voulu renier sa foi en Jésus-Christ. Meurt-on ainsi pour ce que l’on saurait être des mensonges ?
La véracité des faits rapportés dans les trois autres évangiles fut attestée de la même façon. Plus tard, les Conciles de 393 et 397, réunissant les théologiens et les responsables des principales églises, ont établi officiellement la liste des récits qui étaient déjà reconnus et acceptés dans toutes les églises : les quatre évangiles. Ces Conciles n’ont rien imposé de nouveau, ils n’ont fait qu’entériner la position des communautés chrétiennes envers les seuls récits authentiques de la vie de Jésus.

Les quatre évangiles rapportent des faits historiques. Si ce n’était pas le cas, alors vous pourriez arrêter ici la lecture de ce livre car je serais en train de vous raconter un conte de fée ou une histoire comme celle qu’on lit aux enfants avant qu’ils ne s’endorment. À plusieurs reprises, des doutes ont été émis sur l’authenticité des récits bibliques. Si l’on cherche sincèrement la vérité, il n’est pas très difficile de se rendre compte que les remises en question des récits des Évangiles ou de l’Ancien Testament ne résistent pas à une confrontation sérieuse et documentée. Il y a suffisamment de preuves disponibles pour quiconque en a besoin. 
Si vous êtes désireux d’approfondir le sujet, il existe plusieurs ouvrages qui peuvent répondre à vos interrogations. Je vous conseille celui-ci : « Les documents du Nouveau Testament, peut-on s’y fier ? » de F.F. Bruce chez l’éditeur Publications chrétiennes.  Vous pouvez aussi consulter « Le verdict » de Josh McDowell aux éditions Vida. D’autres livres bien plus volumineux ont été écrits à ce sujet par des archéologues et des historiens.
Si ce qui est raconté dans les évangiles ne s’était pas réellement passé, ces quatre biographies n’auraient eu aucun succès car de nombreux témoins étaient encore vivants lors de leur rédaction et ils auraient forcément dénoncé ces écrits comme étant des mensonges ou des inventions. Les quatre évangiles n’auraient alors jamais été pris au sérieux lorsqu’ils ont commencé à être lus et à circuler dans le bassin méditerranéen.

l’époque de la venue de Jésus avait été fixée.

Près de 500 ans à l’avance, le prophète Daniel a annoncé quand viendrait le Messie. Ce passage difficile est impossible à comprendre sans certaines connaissances bibliques mais, avec les explications adéquates, il devient étonnant. 

En 605 avant Jésus-Christ, suite à sa victoire sur les Egyptiens à Karkemish, le roi Babylonien Nabuchodonosor traversa la Palestine à la poursuite de ses ennemis. Il assiégea Jérusalem et déporta une partie de son aristocratie. Daniel fut un des captifs emmenés à Babylone. Sa sagesse exceptionnelle lui valut de devenir ensuite haut-fonctionnaire de l’empire. Durant sa vie, il reçut de façon surnaturelle des révélations de l’avenir au cours de visions ou de rêves. Il mit par écrit ce qu’il avait vu et entendu. Voici ce qu’il a écrit au sujet de la venue du Messie : Darius, fils de Xerxès, d’origine mède, devint roi des Babyloniens. Pendant la première année de son règne, l’ange Gabriel que j’avais déjà vu dans la vision d’avant, s’approcha de moi. Il me donna ces explications : « Daniel, voici ce que tu dois savoir. Une période de 70 semaines a été fixée pour ton peuple et pour ta ville sainte, pour mettre un terme à la révolte contre Dieu, et pour en finir avec les péchés, pour expier la faute et pour instaurer une justice éternelle. Depuis le moment où le décret ordonnant de restaurer et de rebâtir Jérusalem a été promulgué jusqu’à l’avènement du Messie, il s’écoulera 7 semaines et 62 semaines. À la fin de ces 62 semaines, le Messie sera mis à mort, et personne ne le défendra. Le peuple d’un prince qui viendra détruira la ville et le sanctuaire. »  (Daniel  9.1,21,22,24-26)

En 605 av.  J.C., les Juifs furent déportés à Babylone sur l’ordre du roi Nabuchodonosor. 
En 538 av. J.C., le roi perse Cyrus autorisa le retour des Juifs et la reconstruction du temple. 
En 444 av. J.C., un édit du roi Artaxerxès donna aux Juifs l’autorisation de reconstruire les murailles de Jérusalem (Néhémie 2.1-8). C’est probablement ce décret auquel se réfère Daniel. Depuis le moment où le décret ordonnant de restaurer et de rebâtir Jérusalem a été promulgué jusqu’à l’avènement du Messie, il s’écoulera 7 semaines et 62 semaines. (Certains commentateurs préfèrent opter pour l’année 445. Selon le calendrier utilisé, l’année civile commence au printemps ou en automne. La 20e année du règne d’Artaxerxès peut donc se finir à l’automne 444.)

Le mot hébreu utilisé pour « semaine » est « chavoua » et signifie « une période de sept ». Le contexte montre qu’il s’agit d’un période de 7 ans. On peut alors relire le passage ainsi : Depuis le moment où le décret ordonnant de restaurer et de rebâtir Jérusalem a été promulgué jusqu’à l’avènement du Messie, il s’écoulera 7 périodes de 7 ans et 62 périodes de 7 ans.
Les 7 premières « chavoua » (49 années) peuvent correspondre au temps qu’il fallut pour que la reconstruction de la ville de Jérusalem soit achevée après les dizaines d’années où elle avait été laissée en ruines. Il faudra ensuite 62 « chavoua » supplémentaires (434 années) pour assister à la venue du Messie.  
(7×7) + (62×7) = 483. Le prophète annonce donc la venue du Messie 483 ans après le décret d’Artaxerxès en – 444.  Nous arrivons ainsi à l’année 38. 

Mais il faut encore savoir que le calendrier liturgique des Hébreux se composait d’une année de 12 mois lunaires. Pour faire correspondre leur système basé sur la lune avec l’année solaire de 365 jours, les juifs rajoutaient en l’intercalant un treizième mois de 29 jours tous les 2 ou 3 ans. Si le texte de Daniel se réfère au calendrier juif et s’il se base sur des mois de 30 jours, alors chacune des 69 années comptait 360 jours contrairement aux années du calendrier grégorien que nous utilisons aujourd’hui. Il est donc fort possible que la prophétie de Daniel soit à interpréter en se référant au calendrier juif. Inutile d’aller chercher une calculette, voici la conversion en ayant tenu compte des années bissextiles : les 483 années de Daniel correspondent à 476 années suivant le calendrier grégorien. Ainsi, nous arrivons finalement à l’année 33 pour l’avènement du Messie. 
Le livre de Daniel précise qu’à la fin de ces 62 semaines, le Messie sera mis à mort, et que personne ne le défendra. Que s’est-il donc passé en l’an 33 de notre ère en Israël ? Quel homme pouvant être le Messie aurait été mis à mort sans que personne ne le défende ? Jésus remplit toutes les conditions requises.

Jésus naquit à Bethléhem en Judée, à l’époque du roi Hérode. (Matthieu 2.1) Hérode mourut en 4 av. J.C. Jésus est donc né peu avant (en -5 ou en -6). Luc 3.23 nous précise que Jésus avait environ trente ans quand il commença à exercer son ministère. Son activité publique a donc pu débuter entre 26 et 29. Elle dura 3 ou 4 ans car, dans l’évangile de Jean, trois fêtes de Pâque auxquelles Jésus a participé sont mentionnées et une quatrième l’est peut-être (Jean 5.1). Il mourut en l’an 33, ou quelques années avant, condamné par Ponce Pilate sous le règne de Tibère (14 à 37 ap. J.C.) : La quinzième année du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate était gouverneur de la Judée. (Luc 3.1) La plupart des historiens spécialistes du sujet situent la mort de Jésus en 30 ou 33. 
Ainsi, voici comment les calculs selon le livre de Daniel nous conduisent à l’époque de la crucifixion de Jésus. 

Je dois signaler que d’autres options ont été proposées pour le calcul de la date de la venue et de la mort du Messie. Certains, par exemple, ont choisi des années de 365 jours selon le calendrier julien et se sont basés sur un décret précédent d’Artaxerxès en – 458. On a aussi envisagé d’inclure la 70e période de 7 années dans le calcul en se concentrant sur le début de la révélation donnée à Daniel : Une période de 70 semaines a été fixée pour ton peuple et pour ta ville sainte, pour mettre un terme à la révolte contre Dieu, et pour en finir avec les péchés, pour expier la faute et pour instaurer une justice éternelle. Mais d’autres pensent que cette 70e « semaine » concerne une période distincte des 69 « semaines » qui se réalisera dans le futur. 
Quoi qu’il en soit, les dates proposées varient de 28 à 33 et on arrive toujours au temps correspondant à la crucifixion de Jésus.

Il me faut encore vous faire remarquer un dernier élément stupéfiant, celui mentionné dans la partie du texte de Daniel qui suit l’annonce de la mort du Messie : Le peuple d’un prince qui viendra détruira la ville et le sanctuaire. Or, en l’an 70, environ 40 ans après la mort de Jésus, le général romain Titus fit détruire la ville de Jérusalem et le temple qui s’y trouvait. Le Messie devait donc venir avant la destruction du second temple de Jérusalem en 70.

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